L'aventure ordinaire à moto - Comment la BMW R1200GS est devenue mon idole

Publié le par The dudde

Nous avions quitté Paris en fin de journée. Il pleuvait.
Après deux heures sur l'autoroute du sud, nous étions trempés et frigorifiés. Alors on a trouvé un hôtel, quelque part entre Auxerre et Pouilly en Auxois. A cette époque là, je roulais sur une Honda 750 VFR.
Elle était rouge et noire et m'a accompagné longtemps un peu partout en France.

Ce soir là, on s'est réchauffé près de la vieillecheminée en pierre de l'unique restaurant d'un village perdu. Et on a bu du bon vin.

Le lendemain matin, il pleuvait toujours, une pluie fine et collante, qui s'insinue à travers les vêtements, refuse de s'écouler le long de la visière du casque, brouillant la vue du pilote comme celle du passager.

Ma fiancée faisait la moue. On était encore à deux heures au nord de Lyon et on descendait à Nice. Difficle d'enfourcher la moto quand on sait que bientôt on sera trempé, qu'on aura froid et qu'en plus, la pluie rend le voyage encore plus dangereux.

Pas le choix, on a quitté la douce chaleur de notre refuge et on s'est élancé à nouveau sur l'autoroute du sud. Il n'y avait pas trop de circulation mais la montée sinueuse vers le col de Bessey en Chaume ne me rassurait pas, sur une autoroute rendue glissante par cette bruine grasse et sournoise.

Derrière, elle se cramponait à moi et j'imaginais sans peine les petits noms qu'elle devait me donner. 

A cette époque, je n'avais eu que des motos, jamais de voiture. Celle-là était la troisième. Après un 600 XT, la première pour se faire la main et un 500 CB, la deuxième que j'ai revendu quand je suis parti aux Etats-Unis, j'avais acheté le VFR en rentrant en France et roulait avec tous les jours, par tous les temps.

Sale temps, donc. Doubler les camions était une vrai galère: plus de visibilité, la trouille de glisser, au moment de finir le dépassement, quand on est déventé d'un coup.

Et puis elle arrivée. Je l'ai vu de loin. Un minuscule point dans mon retroviseur. Je me suis moins seul d'un coup. Par temps pourri, quand on sert les fesses, la présence d'un autre motard est rassurante. Le point grossissait doucement dans mon rétro, il me rattrapait. Il devait avoir moins la trouille, plus d'expérience.
Enfin, il a été à notre hauteur, signe de tête complice et geste du pied quand il est passé devant. Le type roulait bien et régulièrement.

J'ai décidé de le suivre, il avait effectivement l'air de savoir ce qu'il faisait et d'être bien plus exprimenté que moi. Sa moto ? Une BMW R1150GS, avec l'équipement et le paquetage du baroudeur. Je suis tombé amoureux. Pas du type, de sa moto.

A moto, bien plus qu'en voiture, il faut suivre ceux qui savent. Ceux qui ont déjà beaucoup roulé, par tous les temps. Il faut être humble si on veut durer. Et prudent.

On a roulé ensemble pendant deux heures, puis il est sorti de l'autoroute. Ultime signe de fraternité et dernier regard à sa bécane. La classe.

Le reste du trajet a été plus léger, j'avais appris et gagné en confiance. Arrivé à Valence, la pluie a cessé. Et l'air chaud a rapidement séché nos vêtements et réchauffé nos âmes.

Une aventure ordinaire à moto. Ceux qui en font savent de quoi je parle.





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