Shooting dogs

Publié le par The dudde

J'ai vu l'autre soir le film Shooting Dogs.

Imaginez 2500 personnes réfugiés dans une école, en pleine brousse rwandaise. Il y a là des hommes, des femmes, des enfants, certains en très bas âge. Ils sont noirs, ils sont tutsis.
Imaginez que l'école, transformée en camp retranché, est gardé par des soldats de l'ONU. Un prêtre catholique dirige l'école et tente de faire face, aidé par un jeune volontaire anglais.
Imaginez qu'à l'extérieur du camp, tout autour des grilles, une foule de hutus, armés de machettes, gronde. Ils sont assoiffés de sang, ils veulent exterminés chaque tutsi qui respire à la surface de cette terre.
Imaginez une poignée d'européens également réfugiés dans cette école.
Imaginez que seule la présence de l'ONU, parce que ses soldats sont bien armés, empêche les hutus d'entrer pour massacrer tout le monde.
Et puis l'armée française arrive, avec ses camions, ses armes. Tout le monde se croit sauvé, c'est le soulagement.
Finalement, les français n'emmènent que les européens.
Les réfugiés noirs restent, ébahis par l'attitude de l'armée française. Mais l'ONU est là, heureusement, pour les protéger. Dehors, les hutus sont de plus en plus excités. Quelques tutsis tentent de fuir sur un sentier à l'écart, ils n'ont pas fait 20 mètres que des hutus les mettent en pièce à coup de machettes. Y compris un nouveau né. L'horreur.

Alors vous êtes fiers de l'ONU, vous vous dites, voilà, s'il n'était pas là, ce serait le massacre. Mais vous êtes mal à l'aise et peu à peu, vous comprenez pourquoi. L'ONU ne fait rien, l'armée française ne fait rien et dehors, il y a un génocide en cours.

Imaginez, enfin, alors que vous n'en pouvez déjà plus de tant de violence, d'horreur et d'injustice que l'ONU quitte l'école, laissant finalement les tutsis se faire massacrer.
Un détail, avant que l'ONU n'évacue, les tutsis qui comprennent qu'on les abandonne demandent à être exécutés d'une balle dans la tête, parce que ce sera moins douloureux que la machette. Le commandant de l'ONU refuse. Alors ils supplient, exécutez au moins les enfants. Mais l'ONU ne peut pas, bien sûr. Et puis l'ONU s'en va, sans se retourner sur ces familles et leurs yeux agrandis de terreur.

Vous vous pincez, vous n'en revenez pas. Toutes vos valeurs s'effondrent. Qui sont nos dirigeants, à quel système participe-t-on ?

Pourtant, ce sont des faits réels. Nous avons laissé des gens se faire massacrer en toute connaissance de cause, avec le plus parfait cynisme. Nous, communauté internationale et surtout nous, français.

Entre avril et juin 1994, 800 000 personnes ont été tuées. Ce n'est pas tant ce fait qui est dramatique, que le fait que nous aurions pu l'empêcher. Mais ce n'était que des rwandais.

Regardez Shooting Dogs.

Publié dans As time goes by

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