Le management par les chiffres

Publié le par The dudde

En écho à un précédent post et à celui d'Alain Patchong, un exemple vécu pour illustrer l'absurdité du management par les chiffres et le gaspillage (Muda) qu'elle peut générer.


La Très très grande entreprise produit des biens de grande consommation. J'entends par là qu'elle produit en grande série des biens de consommation courante.


Une des spécificités des produits qu'elle fabrique est qu'ils sont complexes et font intervenir de multiples composants. Pendant le développement d'un nouveau produit, les ingénieurs cherchent le meilleur compromis coût/qualité/délai, sachant que la pression du délai peut avoir une influence sur le coût. En théorie, pas sur la qualité, mais c'est un autre débat.

Ainsi, le délai étant court, il arrive que les ingénieurs ne développent pas la solution la plus économique pour tel ou tel composant du produit. Le produit est donc lancé avec un prix de revient pour la Très très grande entreprise qui est perfectible. La Très très grande entreprise le sait et, dès que le produit est lancé, elle demande à ses ingénieurs de proposer des optimisations sur le coût i.e de revoir la conception du produit afin de diminuer le prix de revient sans pour autant affecter la prestation pour le client final.


Les ingénieurs vont donc chercher des améliorations de la conception de tout ou partie des composants du produit afin de trouver des solutions moins chères à produire.


On arrive alors au management par les chiffres: classiquement, le management fixe aux ingénieurs un objectif de diminution du coût de tel produit à réaliser sur l'année. Exemple: pour le produit A, l'objectif est de réaliser 5€ d'économies sur le prix de revient dans l'année. Le gain est substantiel pour l'entreprise: si l'on suppose qu'elle fabrique 1 000 000 du produit par an, le gain sera de 5 000 000€ au bout d'un an.


Il arrive cependant fréquemment que les ingénieurs s'aperçoivent qu'ils peuvent en fait proposer plus, 8€ par exemple. Néanmoins, pour l'année N, on leur a demandé 5€ et ils savent qu'on leur demandera encore des économies l'année N+1. Ils vont donc faire leur objectif de 5€ et garderont les 3€ en réserve pour l'année N+1. La perte pour l'entreprise est 3 000 000€.


L'exemple peut sembler grossier bien sûr, mais l'objectif est réellement définit ainsi et on voit bien l'absurdite auquel conduit ce type de management.

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